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Formé il y a vingt-cinq ans à San Francisco puis émigré
en Europe au début des années 80, Tuxedomoon a
toujours été l'objet d'un véritable culte. Se
nourrissant d'un spectre musical extrêmement large, le
groupe a su créer un style incroyablement original qui
leur a valu une légion de fans. Après une interruption
de quelques années, Tuxedomoon revient sur le devant de
la scène avec un superbe album, "Cabin in the Sky",
fruit de la récente reformation de ses trois fondateurs,
Steven Brown, Peter Principle et Blaine Reininger.
Depuis la séparation du groupe qu'avez-vous fait chacun
de votre côté ?
Peter : En réalité il n'y a jamais vraiment eu de
séparation. Nous avons continué à travailler plus ou
moins ensemble. Même après la tournée de 88 nous
avons continué à partager des idées à Bruxelles
jusqu'à ce que je parte en 91, et repris en 96 à
Mexico avec Joeboy. Je ne vais pas rentrer dans les détails
mais j'ai été ingénieur du son et producteur, j'étais
associé dans une société d'équipement audionumérique…
et plus tard développeur de site web. Je suis
compositeur de musique de film et de théâtre, jusqu'ici
je n'ai fait que trois albums de ce genre, et j'ai été
interprète dans un certain nombre de collectifs
new-yorkais. J'ai formé mon propre groupe Ecco Bravo
dans lequel je joue de la guitare et j'ai fait quelques
concerts solo d'improvisation de basse. J'ai fait une
tournée avec le guitariste avant-gardiste Phil Kline et
la chanteuse Anna Domino, le fabricant d'instruments
Bradford Reed et Patrick Miller (Minimal Man). J'ai joué
dans un groupe éphémère (Pookah) avec Bond Bergland
de Factrix et Freddy Mutant, des vieux jours de San
Francisco…
Steven : En ce qui me concerne le split a été
tellement traumatisant que j'ai quitté Bruxelles (après
y avoir passé douze ans) et j'ai parcouru la moitié du
monde jusqu'à Mexico où j'avais cru comprendre que je
pourrais me retirer et vivre avec une pension
d'artiste… j'étais mal informé et j'ai du continuer
de travailler. J'ai formé un groupe avec Nikolas Klau
et quelques Mexicains qui s'appelait Ninerain et nous
avons réalisé deux CD. On a depuis fait la musique du
pavillon Mexicain de la foire de Hanovre 2000, on a joué
à Berlin à la Haus de Welt Kultur, à St Petersbourg,
sorti une compilation sur le label Neo Acustica.
Qu'est devenu Winston Tong ?
Peter : Il vit à San Francisco, il a récemment joué
avec le groupe Factrix reformé à l'occasion d'une célébration
du magazine Research (magazine culte de la scène
industrielle -ndlr)
Steven : Il traduit en anglais de l'obscure poésie
française.
Au fait, pourquoi vous étiez-vous séparés à l'époque
alors que Tuxedomoon avait pas mal de succès ?
Peter : J'ai oublié mais comme je l'ai dit nous n'avons
jamais considéré le groupe comme terminé, mais nous
l'avons "mis sur étagère" de temps à autre.
Ça s'était déjà produit avant 88.
Steven : De temps en temps tu as besoin de faire
un break.
Qu'est-ce qui a motivé votre reformation ?
Peter : Nous voulions découvrir de nouveaux
morceaux à la façon Tuxedomoon et nous savions que
nous étions les seuls à pouvoir rendre cela possible.
Steven : Nous avons réalisé qu'il y avait
toujours cette alchimie entre nous et qu'il y avait
encore un public qui s'intéressait à nous.
Quel est la part de chacun de vous sur l'album
"Cabin in the Sky" ? Comment composez-vous vos
morceaux ?
Peter : Comme un collectif anarcho-syndicaliste.
Pour travailler ensemble nous avons établi une méthode
qui au fil des années a seulement évolué par l'apport
des nouvelles technologies. La méthode reste la même.
Nous enregistrons des improvisations tous ensemble dans
une pièce puis l'un ou l'autre d'entre nous écoute les
bandes de ces impros et trouve des idées qui pourraient
se transformer en quelque chose qui peut être enregistré
formellement ou joué live avec une liberté d'interprétation
qui peut être plaisante pour les joueurs. Nous affinons
et combinons les idées jusqu'à ce que nous soyons
satisfaits du résultat. Bien sûr, il y a entre nous
des rôles habituels, mais rien de très formalisé.
Steven : Effectivement en général on travaille
ensemble. On improvise pendant des jours, puis on
choisit les parties que nous aimons et on les peaufine…
ou non.
Quelle a été votre démarche de conception sur cet
album, les idées directrices ?
Peter : Le concept viscéral qui tient l'album est
la ville de Cagli où il a été écrit et enregistré,
mais sinon il n'y a pas de thème sous-jacent.
Steven : Ce concept a pris corps de lui-même
pendant la production.
Comment faites-vous pour travailler ensemble alors
que vous êtes aujourd'hui dispersés géographiquement.
Peter : De manière évidente il nous faut être au
même endroit avec un peu de temps libre et une pièce
pleine d'équipement. Les complications logistiques font
que nous ne pouvons pas faire ça très souvent et très
longtemps. Ces limitations, bien que déplaisantes,
apportent une résistante qui fait partie du processus
créatif.
Steven : On est le premier groupe "pan-post-national".
Il se trouve que Minimal Compact vient également de
se reformer pour faire une série de concerts et a sorti
récemment une compilation sur le label Crammed.
Avez-vous gardé des contacts avec eux ? Y-a-t-il une
influence entre vous ?
Peter : Il n'y a pas de rapport avec eux, en tout
cas pas dans le sens que tu suggères. On a joué au
moins 25 concerts dans le monde entier depuis qu'on a
joué ces deux concerts à Tel Aviv en 97, si c'est le
moment et l'endroit où on peut dire que le groupe s'est
reformé. Par coïncidence, Naomi, la femme de Rami
Fortis, nous avait invité à ce festival, et ils ont
donc joué un rôle indirect dans cette reformation.
Steven : J'ai l'habitude de voir Samy au bureau
de Crammed. J'aime d'ailleurs beaucoup sa série "Freezone".
Je l'ai vu au Botanique à Bruxelles et au Bataclan à
Paris en septembre dernier pour le vingtième
anniversaire de Crammed. Mais ça fait un moment qu'on
n'a pas fait de choses ensemble.
Quel a été la contribution de Aksak Maboul (Hollander
et Kenis) sur votre dernier album et quels sont vos
rapports avec le label Crammed ?
Steven : Aksak Maboul alias Marc et Vincent sont des éléments
clé dans chaque production Crammed.
Peter : Ils sont sont essentiels à la fois pour
leur énergie et leur enthousiasme. Marc nous recommande
les artistes avec qui collaborer et Vincent nous apporte
son oreille aguerrie. Ils étaient présents pour les
sessions de mixage à Athènes et à Bruxelles.
Qu'est-ce qui a motivé la participation d'autres
artistes comme Tarwater, John McEntire, Marc Collin,
Juryman ou DJ Hell ? Quelle a été leur contribution
sur cet album ?
Peter : Dj Hell est un peu à part. C'est lui qui
nous a contacté en premier. Nous travaillons ensemble
depuis 2000, nous avons fait une tournée en Autriche et
en Allemagne pour promouvoir un projet de remixes qu'il
avait lancé, on était en chemin pour jouer en Serbie
et en Russie. Il est venu nous voir en 2001 lorsque nous
étions à Cagli et nous a donné quelques pistes
rythmiques. Deux d'entre elles sont sur le disque, Luther
Blisset et Here till Xmas. Les autres
personnes nous ont été suggérées par Marc Hollander.
Chaque cas était différent artistiquement, mais en
gros on a envoyé des masters multipistes à Juryman,
Tarwater et McEntire et ils nous ont renvoyé leurs
"impressions". Il y a eu une exception avec
Marc Collin, on l'a fait venir en studio à Bruxelles où
on terminait les enregistrements et on a passé en revue
sa bibliothèque de sons. On en a choisi certains qu'on
a mis dans différents morceaux. Son influence est plus
diluée en un sens mais bien présente.
Steven : Tarwater a fait un super "redux"
d'Anunciato que Peter a préféré mettre sur l'album
plutôt que de le garder pour un prochain remix. Je
pense que ça a très bien fonctionné. DJ Hell est venu
en Italie et a travaillé avec nous une nuit. Lui et
Marc Collin sont les seuls avec qui on a passé du temps.
J'aime vraiment la manière dont Juryman a transformé Chinese
Mike.
Tuxedomoon a toujours été un groupe à géométrie
variable, est-ce que cela va continuer ?
Peter : Probablement pas, mais qui sait... on
pourrait très bien ajouter quelqu'un un jour.
Steven : Si un jour on gagne plus d'argent j'aimerais
qu'on soit plus nombreux... en gardant bien sûr le
noyau des quatre.
J'ai raté votre dernier concert à Paris en juin
dernier. Aura-t-on la chance de vous revoir
prochainement à Paris ? Y-a-t-il une tournée prévue ?
Steven : On jouera le 24 septembre au festival
Villette Numérique et peut-être plus à venir.
Quels sont les futurs projets de Tuxedomoon ? Êtes-vous
toujours attirés par la conception de musique pour des
films, des ballets ou des performances ?
Steven : Nous sommes déjà en train de travailler
sur un nouveau CD. On s'ennuie assez rapidement lorsqu'on
ne fait rien !
Peter : Nous espérons commencer bientôt un nouveau
projet d'écriture dans l'intention de sortir assez
rapidement un album. Nous avons déjà commencé. Comme
tu l'as vu, cela demande de la coordination.
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